Partir du point zéro ?

« Spiritualité laïque » : chemins vers une spiritualité humaine

Entretien conduit par Louis Defèche

 

Trois week-ends particuliers ont eu lieu ce printemps dans les locaux de la grande maison d’édition Actes Sud à Arles, sous l’intitulé « Spiritualité laïque ». En arrière-plan, il y a un projet d’école, initié par les dirigeants des éditions, Françoise Nyssen et Jean-Paul Capitani, et par Henri et Praxède Dahan, enseignants expérimentés et porteurs du mouvement des écoles Waldorf en France – l’école ouvrira ses portes début septembre. Bodo von Plato a conçu et organisé avec Isis von Plato, Praxède Dahan et Jean-Michel Florin la série d’événements, à laquelle furent conviés des artistes et intellectuels connus, pour explorer les dimensions d’une spiritualité tournée vers le monde : Jeanne Benameur, Giorgia Fiorio, ainsi que Nancy Huston et Quentin Sirjacq ; une exposition de Guy Oberson a accompagné ces journées. Après le dernier week-end fin mai, nous nous réunissons pour une discussion rétrospective.

 

Louis Defèche : Qu’est-ce qui est important dans ce thème de la spiritualité laïque, pourquoi l’avoir choisi ?

Jean-Paul Capitani : Quand on prend la responsabilité d’éduquer des enfants, on ne peut pas évacuer la problématique de la spiritualité. Dans toutes les parties du monde, on n’hérite pas seulement d’un corps, on hérite aussi de la spiritualité de ses ancêtres, de ses parents, et d’une culture. Et cela peut être un facteur de souffrance, une espèce d’hypothèque. Donc si on pose cette question de la spiritualité, ce n’est pas pour transmettre une ancienne spiritualité ni pour en produire une nouvelle pour les enfants, mais pour leur ouvrir les portes, pour qu’ils se sentent libres de comprendre la poésie, d’aider le monde, d’aimer ce qu’ils trouvent beau, dans un univers stimulant et ouvert. La spiritualité ne doit pas être un héritage, elle doit être une découverte.

 

C’est-à-dire que chacun devient producteur de spiritualité, si je comprends bien ?

Bodo von Plato : C’est le risque, c’est l’enjeu – l’impossibilité ? En tous cas c’est la question qui nous a réunis ici. Auparavant c’était toujours le divin, à travers notre croyance, notre conception du monde, qui portait la spiritualité, mais c’est devenu un problème, ce n’est plus évident. Aujourd’hui c’est l’humain qui devient porteur d’une spiritualité. N’est-ce pas l’humain lui-même qui veut de plus en plus être porteur d’une spiritualité ? Comment et où vit une spiritualité, et par conséquent une ouverture pour quelque chose qui est l’humain, et qui l’engendre tout en même temps ? Cela nécessite tellement de vigilance et scepticisme, de curiosité, d’expérience et d’amour, pour la découvrir, comme dit Jean-Paul, il faut partir un peu de zéro sans nier toutes les traditions qui nous entourent ou qui nous encombrent. Pour avancer, nous avons cherché des personnes autour de nous, dans le travail desquelles nous pensons percevoir un langage qui essaie de dire une spiritualité humaine. Et nous avons trouvé un public qui cherche à approfondir ce sujet.