L’anthroposophie

 

L’Anthroposophie, une démarche de connaissance…

Parmi les questions que les hommes de notre temps se posent, il en est deux qui sont fondamentales, car elles touchent aux racines mêmes de la nature et de l’existence humaines : « Qu’est-ce qui fait de moi un être humain et non un animal, une plante ou un minéral ? » et « Qu’est-ce qui donne un sens à ma vie et à l’histoire de l’humanité ? »

À de telles questions, on ne peut répondre par des données de la vie sensible et matérielle, parce qu’elles se posent à l’intérieur de l’homme, dans son être psychique et spirituel. C’est pour cette raison que la science actuelle, centrée sur le mesurable et le quantifiable, aussi brillants et appréciables que soient ses résultats, ne peut résoudre ces questions. En fait elle ne les pose même pas parce qu’elles ne sont pas jugées du ressort des scientifiques. Quant aux religions, si elles les posent et y répondent, elles le font en relation avec des révélations, ce qui conduit à des dogmes, des vérités à croire. Par-là, les religions ne peuvent satisfaire à l’exigence de connaissance par la raison, telle que la réclame l’homme moderne.

Par rapport aux questions précitées et beaucoup d’autres que nous pouvons nous poser, l’Anthroposophie propose d’abord une démarche de connaissance permettant à l’être humain de s’ouvrir par la pensée à des réalités spirituelles porteuses de sens pour l’existence. Elle propose également des résultats de recherches menées de manière spirituelle, que tout un chacun peut assimiler en les pensant lui-même. Ici intervient, en plus de la raison humaine, la liberté, qui est la capacité de penser de manière autonome, et indépendamment des perceptions sensibles. Cette voie d’une culture intérieure ne cherche pas à nier le besoin que peut éprouver un individu d’entretenir une religiosité et une foi, mais elle l’intègre et l’élargit.

 

…qui s’élargit à la dimension de l’art…

 

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Si elle part de la connaissance, l’Anthroposophie ne se limite pas à ce seul aspect. En effet, elle permet aussi aux connaissances de s’exprimer dans la forme de l’art. Et elle donne à la matière, dont l’art se saisit, de se transformer et de s’élever vers la forme de la création spirituelle.

Tous les arts sont concernés, de la musique à l’architecture, des manifestations les plus subtiles aux plus matérielles ; avec un art tout nouveau : l’eurythmie. Cet art du mouvement permet à la parole et à la musique de s’exprimer sous la forme du mouvement, de la gestuelle humaine. Par l’art, l’Anthroposophie donne aussi à l’artiste le moyen de réunir, dans ses œuvres, ses aspirations spirituelles et son génie créateur.

À la vie de l’esprit déployée dans la connaissance et vivifiée par l’art, l’Anthroposophie ajoute une troisième dimension, celle de pratiques concrètes.

Qu’il s’agisse de soigner les hommes et de les nourrir, d’éduquer les enfants, d’accompagner les handicapés…, l’Anthroposophie offre des démarches médicales, agricoles, pédagogiques… puisées elles aussi aux sources de la vie de l’esprit. Ces pratiques concernent l’être humain dans toutes ses dimensions, physique, psychique et intellectuelle. Elles ne se présentent pas comme des « alternatives » aux pratiques en vigueur dans la société, mais comme des « élargissements » de ce qui se réalise par ailleurs. En cela, l’Anthroposophie ne peut pas se couper des réalisations de son époque.

 

Rudolf Steiner (1861-1925)

 

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Né en 1861, dans l’empire austro-hongrois, Rudolf Steiner eut très tôt la capacité de percevoir non seulement les phénomènes accessibles aux sens physiques mais encore d’autres réalités faisant partie d’un monde suprasensible de nature spirituelle. Plutôt que de révéler à ses contemporains ce qu’il percevait de la sorte, il décida, à l’aube de l’âge adulte, d’élaborer une démarche de connaissance permettant de créer un pont entre les deux domaines dont il faisait l’expérience.

Dans l’esprit de l’époque moderne, il travailla à partir de la raison humaine, ce qui lui permit de fonder une nouvelle science : la science de l’esprit. Cette science est depuis lors accessible à tous. Elle permet à chacun d’accéder à une expérience individuelle de l’esprit, libre et consciente, sans aucun préalable comme l’exigeaient les traditions dites « occultes ». Une telle démarche s’appuie sur la connaissance : elle passe désormais par une intensification de la pensée pour se libérer des seules données sensorielles et devenir apte à se mouvoir dans une libre vie de l’esprit.

Les œuvres philosophiques de base témoignent des efforts de Steiner en ce sens. Il s’agit de : Une théorie de la connaissance chez Goethe (1886), Science et vérité (1892) et Philosophie de la liberté (1893).

Le corollaire de cette forme de pensée rigoureuse, autonome et dégagée du sensible est la capacité offerte à l’être humain de devenir totalement libre dans le champ de l’activité pensante. Cette possibilité de liberté s’étend ensuite au domaine des comportements volontaires. La connaissance et la liberté sont ainsi les deux premiers piliers de l’œuvre de Rudolf Steiner.

À partir de 1902, son action s’est déroulée dans le cadre de la section allemande de la Société Théosophique, dont il devint le secrétaire général. Il travailla dans ce contexte parce qu’il y trouvait un public ouvert à ses recherches et à leurs résultats.

Dans le cadre de ses recherches, il a montré comment, par des exercices appropriés, l’homme peut éveiller en lui les forces d’une conscience lui donnant la possibilité d’accéder à l’expérience et à la connaissance du monde suprasensible (Comment acquérir des connaissances sur les mondes supérieurs, 1904).

En investiguant directement le domaine spirituel, Rudolf Steiner a apporté des connaissances sur la nature et l’évolution de l’homme, révélant une conception nouvelle de la réincarnation et du karma (Théosophie, 1904), la cosmologie et l’histoire de la terre (Science de l’occulte, 1910), la christologie (cycles de conférences sur les Évangiles).

En 1912-13 est fondée la Société Anthroposophique, dont il est l’instructeur spirituel.

Préoccupé d’ouvrir aux âmes des hommes des chemins vers l’esprit, en particulier grâce aux arts, il a impulsé des réalisations dans des domaines aussi divers que le théâtre (Drames-Mystères, 1910-1913), le mouvement (eurythmie, à partir de 1912) et l’architecture (construction du Goetheanum entre 1913 et 1922 à Dornach près de Bâle en Suisse).

Après la Première Guerre mondiale, son œuvre s’est élargie à des activités sociales (mouvement pour la tri-articulation de l’organisme social), culturelles (pédagogie), thérapeutiques (cours aux médecins) et agricoles (cours d’agriculture). Rudolf Steiner s’est aussi préoccupé des soins et de la pédagogie adaptés aux handicapés. Suite à plusieurs demandes, il a également accompagné la formation d’un mouvement de renouveau de la vie religieuse chrétienne s’inspirant de l’Anthroposophie (La Communauté des chrétiens).

Fin 1923, il refonde, au Congrès de Noël*, la Société Anthroposophique Universelle (encore actuelle) dont il devient le président, et en 1924 il crée l’École de Science de l’Esprit. Il s’éteint le 30 mars 1925.

*  Le Congrès de Noël, Éditions Anthroposophiques Romandes, Genève